L’histoire des relations franco-hongroises aura longtemps été marquée par une certaine distance, qui n’est pas le simple effet de l’éloignement géographique. L’occupation turque puis de la domination des Habsbourg auront longtemps été un frein à des contacts et des échanges plus directs. Pour autant de nombreuses périodes de rapprochement (couronnement de Saint Etienne par un envoyé du Pape Sylvestre II, dynastie des Anjou, soutien de Louis XIV à la guerre d’indépendance menée par Ferenc Rakoczy) ont également jalonné cette histoire. Après la Révolution de 1848, qui avait rapproché les deux pays, la signature en 1920 du Traité de Trianon, à laquelle, l’historiographie hongroise rattache le nom de Clémenceau (Président du Conseil) et par lequel la Hongrie a perdu deux tiers de son territoire, a créé une blessure très longue à refermer. Après la révolution de 1956 qui a eu un retentissement durable dans le monde occidental et singulièrement en France, la chute du régime communiste en 1990, a permis de relancer nos relations bilatérales, qui sont désormais excellentes sur le plan politique. Un traité d’entente et d’amitié a été signé le 11 septembre 2001. Dans la période la plus récente, la France aura surtout apporté un soutien constant au double élargissement de l’OTAN et de l’Union européenne.
Cette relance s’est notamment traduite par une intensification des échanges politiques et diplomatiques, particulièrement marquée depuis 1997, année de la première visite officielle du Président de la République en Hongrie (16-17 janvier 1997). Le rythme et le niveau des contacts n’ont pas faibli ces trois dernières années : l’année 2004 a été marquée par la visite officielle à Budapest du Président de la République (23-24 février), dont le suivi aura été assuré par de nombreuses visites ministérielles (Défense, Equipement, Economie et Finances), qui se sont naturellement poursuivies après le remaniement ministériel opéré en Hongrie à la fin de l’année 2004 par le nouveau Premier ministre, M. Ferenc Gyurcsany. Aussi, tout au long de l’année 2005 les rencontres bilatérales se sont multipliées (Agriculture, Economie et Finances, Affaires étrangères, Affaires européennes, Culture, Transports, Enseignement supérieur et recherche). M.Gyurcsany s’est rendu en France en visite officielle le 13 octobre 2005. Le Président de la République hongroise, M. Laszlo Solyom a effectué également une visite officielle à Paris les 9 et 10 mars derniers pour clôturer l’année économique de la Hongrie en France. A cette occasion, les deux Chefs d’Etat ont souligné que la France et la Hongrie sont désormais des « partenaires stratégiques ».
Sur le plan de la coopération militaire et de défense, la France peut compter sur une bonne image de son expérience de la gestion des crises et des opérations ainsi que sur la solidité et la crédibilité de son industrie d’armement.
L’ intérêt mutuel et la volonté de conférer une visibilité nouvelle à la coopération franco-hongroise en matière de défense a été pleinement illustré par la signature d’un partenariat stratégique entre le président de la République et M.Gyurcsany, à Paris, le 22 mai 2008, dont un volet entier est consacré à ce domaine.
Bien que le ministère de la défense hongrois rencontre des difficultés d’ordre budgétaire (peu d’appels d’offres pour des marchés d’armements à court terme), la coopération opérationnelle (entraînements communs, formation des cadres, formation en langue française) se situe à un bon niveau et peut s’appuyer sur l’intérêt croissant de la Hongrie pour le développement de l’Europe de la défense (participation aux opérations de l’Union européenne EUFOR Tchad/RCA, engagement visible dans les Balkans au sein de EUFOR Althea, soutien de nos idées au niveau de la politique de défense et à travers un dialogue stratégique bilatéral).
La coopération est également dense en matière de police et de sécurité. Amorcée dès 1990, elle se déploie dans les domaines de la police, de la sécurité et de la protection civile, des questions juridiques et des affaires administratives. Orientée initialement vers la formation linguistique et professionnelle, elle a fait l’objet d’un accord intergouvernemental signé le 17 janvier 1997 et complété par un accord entre la Direction Générale de la police française et le Commandement national de la Garde-Frontière Hongroise. L’entrée de la Hongrie dans l’UE a accentué la pression de la criminalité organisée, notamment dans le domaine de l’immigration illégale (sécurité des frontières), du trafic de stupéfiants et de la traite des êtres humains. Dans ces domaines comme dans d’autres (terrorisme, police technique et scientifique, formation des personnels), une vingtaine d’actions de coopération techniques ont été réalisées. Récemment, des actions ont été réalisées dans le domaine du maintien de l’ordre, la France ayant en la matière une compétence reconnue. La coopération opérationnelle ou judiciaire connaît une intensification importante (échanges d’informations, entraides judiciaires internationales, mise en œuvre de mandats d’arrêts européens) qui prend toute sa signification dans la perspective de l’entrée de la Hongrie dans l’espace Schengen, probablement en 2008.
La coopération technique, institutionnelle a eu pour objet premier de privilégier la préparation de la Hongrie à l’adhésion à l’Union européenne. La France a ainsi participé à 16 jumelages institutionnels PHARE en Hongrie depuis 1998, dont 11 en tant que chef de file, mobilisant 7 Conseillers de pré-adhésion. Par ailleurs, entre février 2003 et janvier 2007, un assistant technique a été placé auprès du ministre des affaires européennes, chargé notamment de l’élaboration du Plan national de développement puis auprès des organes en charge du développement régional pour travailler sur la mise en place de pôles de compétitivité en Hongrie.
L’entrée de la Hongrie dans l’Union européenne, loin de remettre en cause cette coopération basée sur l’échange d’informations et de transferts de savoir-faire, permet aujourd’hui d’envisager d’élargir la collaboration franco-hongroise avec des projets « tremplins » vers les Etats candidats (Croatie), les Etats voisins ou des Balkans occidentaux. Les principaux secteurs privilégiés sont :
la mise en oeuvre des programmes issus de la politique régionale et de cohésion (2007-2013) aussi bien au titre du développement du territoire que de l’économie (où les pôles de compétitivité pourraient jouer un rôle structurant essentiel) ;
l’éducation, la formation et l’enseignement supérieur (lycées bilingues, apprentissage précoce, échanges et coopération universitaires, formations conjointes, formation professionnelle et linguistique des futurs cadres supérieurs de l’administration hongroise aux grands enjeux des administrations modernes et à la problématique communautaire par le biais de formations lancées en 1997, cycles internationaux de l’ENA, préparation aux concours communautaires, cycles de conférences) ;
la recherche et les sciences : centre franco-hongrois de recherche en biotechnologie de Szeged, coopération bilatérale dans le cadre du programme Balaton, diffusion de l’information scientifique entre les 2 pays, rencontre entre chercheurs ;
l’environnement et le développement durable (gestion et protection des eaux et des zones naturelles, organisation annuelle d’un mois de l’environnement) ;
le tourisme et les loisirs (y compris le développement rural) ;
l’urbanisme et l’aménagement du territoire (protocole d’accord triennal entre le ministère de l’équipement et le secrétariat d’Etat hongrois chargé de l’aménagement du territoire - mois de l’architecture et de l’urbanisme) ;
la santé publique et la médecine (colloques franco-hongrois, réseaux de l’association des médecins francophones). Enfin la "Présidence de l’UE par la Hongrie en 2011" constituera un thème fédérateur pour l’ensemble de notre action coopération sur la base de l’exercice qui sera conduit par la France durant le 2ième semestre 2008.
Un accord concernant la coopération dans le domaine scientifique a été signé en juillet 2005 par le Ministre délégué à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche et son homologue hongrois. En mai 2008, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et le NKTH ont signé un accord cadre de coopération prévoyant notamment le cofinancement de projets conjoints en R&D, en particulier dans les domaines de la génomique (végétale, animale et microbienne) et des biotechnologies (agraires, environnementales et médicales).
D’autre part, de grands instituts de recherche nationaux français et hongrois ont, depuis de nombreuses années, passé des accords de coopération scientifique. Par exemple, l’INRA a tour à tour signé un accord de coopération avec l’Académie des Sciences de Hongrie en janvier 2004 puis une convention avec le Ministère de l’Agriculture hongrois en décembre 2006. Ce double accord a débouché sur un appel à projet en février 2007.
L’Académie des Sciences de Hongrie a également des partenariats de recherches scientifiques avec le CNRS et le CEA, notamment.
Une Déclaration d’intention sur la coopération en matière de pôles de compétitivité par Mme Colonna avec le ministre des Affaires européennes, M.Barath, le 21 novembre 2005 à Bruxelles.
Dans le même esprit, notre coopération décentralisée est particulièrement dynamique (grâce notamment au rôle précurseur de l’association « Initiatives France-Hongrie »), avec actuellement des relations intenses entre plusieurs niveaux des collectivités locales : (6 régions, 13 départements et 44 communes, dont une intercommunalité).
Au cours des 12 dernières années, les échanges commerciaux entre la France et la Hongrie ont progressé régulièrement (ils ont été multipliés par plus de 5, passant de 1,1 Md € en 1996 à près de 6 Mds € en 2007).
En 2007, les exportations françaises en Hongrie ont représenté 2,78 Mds € (29ème client de la France) et les importations hongroises en France 3,17 Mds € (26e fournisseur), la France ayant ainsi un déficit commercial s’élevant à -390 M€.
Les échanges sont également caractérisés par un nombre d’exportateurs français relativement faible sur le marché hongrois (un peu moins de 5000) et par la concentration sectorielle. Les biens intermédiaires constituent désormais 42% des exportations françaises, devant les biens de consommation (21,8%) et les biens d’équipement (21%). A l’intérieur de ces grandes catégories, les plus gros postes d’exportation sont les produits chimiques et plastiques, les produits pharmaceutiques et les composants électriques et électroniques.
Après une croissance très modérée au cours de la période 1999-2004, les échanges commerciaux entre la France et la Hongrie ont connu une forte accélération en 2005 et 2006, respectivement +12% et +14% avant d’enregistrer un net ralentissement (+3,1%) en 2007 en raison d’une baisse de la consommation en Hongrie, à la suite de l’instauration d’un plan d’austérité.
Les exportations françaises vers la Hongrie devraient toutefois continuer à se développer, dynamisées par la signature d’importants contrats (1,8 Md €) entre fin 2005 et fin 2007 (ligne 4 du métro de Budapest, unité de traitement des eaux usées de la capitale, réseau numérique unifié, tronçon autoroutier sur la M6, etc.), par de nouvelles implantations de filiales françaises et par le versement à la Hongrie d’importants fonds européens (25,3 Mds € au cours de la période 2007-2013).
La France, qui compte 360 implantations en Hongrie, se situe au 3ème rang des investisseurs étrangers avec environ 11% du stock d’IDE (plus de 7 Mds €), derrière l’Allemagne (34%), les Pays-Bas (15%) à parité avec les Etats-Unis (11%).
En 2006, les entreprises françaises implantées en Hongrie y ont réalisé un chiffre d’affaires de 8,9 Mds€. Elles emploient plus de 56.000 personnes.
Parmi les grands groupes français présents en Hongrie figurent notamment Accor, Auchan, Bonduelle, Bouygues, Danone, EDF, GDF, Groupama, Le Bélier, Michelin, Peugeot, Renault, Suez, Sanofi-Aventis, Schneider, Vivendi pour n’en citer que quelques-uns. Par ailleurs, le mouvement d’implantation d’entreprises françaises, qui avait connu une stagnation depuis la fin des années 90, a repris depuis 2005, avec la création d’une trentaine de nouvelles filiales de production ou de distribution…et qu’une trentaine de dossiers supplémentaires sont en cours de finalisation ou d’examen.
Enfin, les relations institutionnelles bilatérales sont dynamiques. Entre mars 2005 et mars 2006, les autorités hongroises ont organisé une Année économique de la Hongrie en France, permettant ainsi de sensibiliser et d’attirer un nombre accru d’entreprises françaises en Hongrie. Avec le même objectif, les autorités françaises organisent depuis le 14 juillet 2007 et jusqu’en juillet 2008, une Année économique de la France en Hongrie. Grâce à l’ensemble des acteurs de promotion du commerce extérieur français (Ambassade et Mission Economique, Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Hongroise, Conseillers du commerce extérieur, Initiative France-Hongrie, Maison de la France, Sopexa…), une trentaine d’actions de promotion ont été organisées en Hongrie et en France au cours de cette année économique.
L’implantation française en Hongrie, pays incontestablement de riche tradition culturelle, est ancienne. La France a exercé une profonde attraction sur des générations d’artistes hongrois, poètes (Ady, Joszef, Illyes), romanciers (Kosztolanyi), peintres (Munkacsy, Rippl-Ronay), photographes (Brassaï, Kertesz) ou musiciens (Liszt), créant une affinité culturelle très forte notamment au sein des élites francophones. Si les liens se sont quelque peu distendus pendant la période communiste, les échanges culturels - auxquels est consacrée l’enveloppe financière de coopération par habitant la plus importante d’Europe centrale - ont, dès le changement de régime, repris avec intensité.
Les années culturelles croisées ont été le reflet de l’intensification des liens entre les deux pays : la première saison culturelle hongroise "Magyart", organisée en France de juin 2001 à janvier 2002, a permis de mieux faire connaître la culture hongroise (notamment la littérature avec des auteurs comme Sandor Marai) et les journées culturelles françaises "Franciart", qui se sont tenues en Hongrie tout au long de l’année 2003, ont contribué à renforcer nos échanges et notre dialogue culturels. Les succès populaires de l’exposition « Monet et ses amis » en 2004 aux Musées des Beaux Arts et de « Ombres et lumières - 400 ans de peinture française » au Mücsarnok en 2005 en sont les plus belles preuves. La France a su adapter sa coopération au nouveau paysage culturel hongrois en élargissant ses partenariats : ministère du patrimoine culturel, festival de rock Sziget, Trafo-maison des arts contemporains, festival de printemps, festival d’automne, Millénaris, Bateau A 38. Une attention plus particulière est désormais portée aux coopérations avec les institutions culturelles provinciales comme l’illustre l’exposition des lithographies de Marc Chagall du 16 septembre 2005 au 20 mars 2006 dans 4 musées de villes qui accueillent des Alliances françaises : Pecs (capitale européenne de la culture 2010), Debrecen, Györ et Szeged.
La présence française repose sur diverses institutions : l’Institut français de Budapest (présent dés 1947 et dont le nouveau bâtiment a ouvert en 1992), les cinq Alliances françaises implantées dans les principales villes de province, la Fondation franco-hongroise pour la Jeunesse, le Centre inter-universitaire d’Etudes françaises, le Lycée français de Budapest, les 11 sections bilingues francophones dans les lycées (5 lycées bilingues francophones), les diverses et nombreuses filières universitaires francophones ( 14 filières en sus des cinq départements de français), relayées par un programme de bourses d’études particulièrement dynamique (140 bourses par an - 1.500 anciens boursiers recensés depuis 1991).
Ce fort engagement institutionnel permet à la langue française de demeurer la 3ème langue étrangère enseignée en Hongrie (37.000 apprenants), toutefois très loin derrière l’anglais et l’allemand dans un pays qui n’a pas de grande tradition francophone populaire et dont le système d’enseignement favorise actuellement la prédominance de la langue anglaise. En 2008, l’Institut français à Budapest compte près de 2400 élèves. Le français reste en effet une langue intéressant les étudiants souhaitant se spécialiser dans les relations internationales, la haute administration, certains domaines scientifiques et la diplomatie. A ce titre, l’intégration européenne aura souligné tout l’intérêt pour de nombreux fonctionnaires de connaître la langue française. Aussi, dans le cadre du plan pluriannuel de formation en français, un memorandum a été signé en septembre 2005 entre l’OIF, le gouvernement hongrois et la France, le Luxembourg et la Communauté française de Belgique, qui soutiennent ce plan à destination principale des fonctionnaires hongrois dans la perspective notamment de la présidence hongroise de l’Union européenne en 2011. C’est un peu moins de 500 fonctionnaires qui sont formés à la langue française chaque année. La Hongrie est devenue membre observateur de la Francophonie en novembre 2004.
Le renforcement de la présence économique française se traduisant notamment par l’ouverture de filiales, confère aussi un nouvel attrait à l’apprentissage du français et à la vitalité de la communauté française, qui est en constante progression (2.236 inscrits au Consulat en 2007)./.